5 faits qui font de l’Afropreneuriat un vrai parcours du combattant

Le fait d’entreprendre tout court peut être défini comme un parcours du combattant, c’est un peu pour ça qu’on signe, l’aventure. Mais entreprendre pour l’Afrique, dans notre cas en vivant en France présente tout un tas de spécificités. Il peut être intéressant d’y revenir pour ceux qui souhaitent également se lancer, les curieux qui se posent des questions et les mal informés qui supposent de suite que tout est facile.

Voici 5 raisons pour lesquelles notre expérience afropreneuriale est un vrai parcours du combattant.

 

          1.  Le manque de compréhension de nos projets :

Quand on se lance dans l’entrepreneuriat, il faut s’habituer à parler de son projet à différents interlocuteurs. Il faut être capable d’en parler de façon concise, sexy et en un temps très court. L’une des premières fois que j’ai eu à parler d’Iwalewa, c’était à un prestataire de Pôle emploi spécialisé dans l’accompagnement d’entrepreneurs. Le conseiller en question était plutôt enthousiasmé par le projet, à tel point qu’il m’a suggéré d’enrichir ma gamme avec des produits dépigmentants car « les femmes noires elles adorent ça ». Même si la dépigmentation est un véritable fléau dans notre communauté, de tels propos trahissent une ignorance de nos problématiques et une incompréhension des besoins des cibles visées avec Iwalewa.

 

           2.  La recherche de financement :

La recherche de financement quel que soit le type d’entreprise que l’on crée peut s’avérer très compliquée. Mais si on prend en compte le point précédent, cela rajoute une barrière.

Depuis le début de notre aventure, nous avons eu l’opportunité de rencontrer différents investisseurs potentiels. La difficulté pendant ces rencontres est que nous voulons commercialiser des cosmétiques capillaires pour jeunes femmes noires et qu’il faut expliquer ça de façon précise à de vieux hommes blancs..  Forcément, ils ne voient parfois pas où nous voulons en venir et quel est l’intérêt de notre projet.

Lors d’un de mes rendez-vous pour une demande de prêt bancaire, le directeur d’agence m’a demandé par quel canal je comptais distribuer les produits. Sans me laisser le temps de répondre il a poursuivi : « Ah mais c’est pour des femmes noires alors ça va être à la Guillotière* ! ».

Les banquiers avec qui j’ai eu à traiter avaient souvent eux-même une mauvaise image du Made In Africa donc les convaincre d’adhérer au projet et de m’accorder un prêt était difficile.

*La Guillotière : quartier populaire de Lyon qui pourrait correspondre au Château Rouge de Paris.

 

               3. La « mise en boîte » 

On vit dans une société où tout est classé par catégories, les humains et leurs entreprises y compris. Problème, à quelle case appartient Iwalewa ?

Toujours dans le cadre de ma recherche de financement, j’ai eu à discuter avec plusieurs organismes dédiés aux prêts, subventions, aides, etc. Certains m’annonçaient que je n’étais pas éligible à leur programme parce que je n’avais pas une activité à impact suffisamment fort pour la France. Car même si mon activité administrative, comptable, etc. est pour le moment basée en France, l’essentiel du projet se fait par l’Afrique pour l’Afrique. Mais lorsque j’allais voir les organismes qui encouragent les projets pour « les pays de l’hémisphère Sud » c’était également compliqué. Lors d’un rendez-vous, la jeune fille m’ayant reçu m’a demandé si je travaillais avec des groupements ruraux, si je rémunérais équitablement etc. Je lui ai répondu que oui, mais que ce n’était pas mon argument de vente principal car je suis très portée sur l’industrialisation. Elle m’a donc répondu que je n’étais pas éligible chez eux non plus car « mon projet n’était pas assez solidaire ». Autant je peux entendre certains arguments, autant j’ai toujours du mal à comprendre pourquoi entreprendre pour l’Afrique doit forcément rimer avec tendre la main à des populations défavorisées. Pourquoi est-ce l’argument à mettre en avant pour que son activité soit reconnue ? Bref..

 

         4. Les coûts de production et de logistique :

Au niveau de la Recherche et du Développement, pour commercialiser des cosmétiques en France il faut déjà se soumettre à la réglementation stricte et coûteuse. La formulation d’un seul produit, avec production de quelques échantillons et envois nous coûtent environ 3000 euro, les tests pour la mise en conformité avec la réglementation sont à 3972 euro par produit s’il n’y a reprise d’aucun test. Il faut payer ensuite le flaconnage, la fabrication proprement dite, etc.

Les produits Iwalewa sont fabriqués au Maroc avec des matières premières venant du Maroc même, du Sénégal, du Burkina Faso et sont commercialisés en France. Nous faisons donc face à un surcoût important pour conditionner, transporter, stocker les différents types de marchandises et aussi les produits finis. D’autant plus que nous avons encore de faibles capacités de production donc nous n’avons pas de réductions significatives de la part des fournisseurs. Tous ces coûts se répercutent sur nos prix de vente, qui finissent par freiner certaines cibles à l’achat.

 

        5.  La relation avec les partenaires

L’entrepreneuriat en mode relation à distance c’est compliqué. Entreprendre pour et par l’Afrique lorsqu’on vit en France nécessite des déplacements assez réguliers pour rencontrer les fournisseurs/prestataires et surtout suivre le travail qui est effectué. On ne peut pas juste donner des directives et retourner vivre sa vie. On risque ainsi que les tâches soient mal exécutées ou pas exécutées du tout, ce qui peut considérablement retarder le projet.

 

Bien sûr afropreneuriat ou pas, entreprendre c’est difficile et chaque projet fait face à ses propres obstacles. Ceux listés ici sont propres à notre expérience, n’hésitez pas à nous faire part des vôtres !

 

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